AQUIDEAS

Huîtres & Crevettes

Espèces, chèques & cartes bancaires

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     Certaines personnes viennent acheter chez nous et sont parfois étonnées de constater que nous ne travaillons pas avec les cartes bancaires. Nous trouvons alors normal de leurs expliquer de vive voix le pourquoi de ce choix dû à la taille de notre entreprise et orientation professionnelle.

     Aujourd'hui, le monde est régi par l'électronique, malheureusement beaucoup se laisse aussi impressionné par ce que la société essaie de leurs imposer ...pour soi-disant la simplicité du geste (eh oui, on devient sacrément paresseux).

     Prenez le cas de l'état qui oblige maintenant tout contribuable de réaliser leurs demandes à l'ordinateur ...même si vous n'avez aucune connaissance ou pratique dans ce domaine, comme c'est le cas de beaucoup de personnes plus âgées ! D'autres citoyens ne veulent plus travailler sur internet pour les nombreux identifiants et codes secrets qu'il faut constamment retenir ou (c'est une autre réalité) à cause des nombreux déboires de remplir des formulaires qui n'aboutissent ...jamais.

     Observez les caisses régionales de mutuelles, assurances, charges sociales et banques : tout va dans la même direction.

     Par exemple dans les banques, le service devient de plus en plus impersonnel: il n’y a plus que les ordinateurs qui comptent, très peu de contacts, plus d'humanité, tout se fait de plus en plus par des machines automatiques (des "robots" comme on dit) ...qui malheureusement tombent souvent en panne (service indisponible, ne distribuant plus de reçus, limitation dans les retraits, intérêts totalement dérisoires, commissions exagérées reflétées dans les frais et services mensuels ...et j'en passe bien d'autres). Anomalies, irrégularités ou volonté institutionnelle ?

     Cette manière de procéder relève d'un monde qui se veut de plus en plus programmé ...encore faut-il que l'on puisse tomber dans les catégories définies par ces institutions. Leur personnel n'arrête pas d'être déplacé d'un poste à l'autre, d'une agence à une autre et à des fréquences de plus en plus élevées. La plupart ignorent même l'historique de leurs clients. On assiste également à des réductions de personnel qui ne peut (ou ne veut) plus avoir beaucoup de contacts avec la clientèle.

     Vers quel genre de monde va-t’on ? On impose de plus en plus. Ils veulent tout savoir. Et nous n’avons souvent plus le choix.

     Pourtant je ne suis pas nostalgique et il y a des domaines qui ont fait d’énormes progrès grâce à la technologie. Cependant, il ne faudrait pas détruire le peu de ce qui nous sert de sociabilité.

     Malheureusement, si l'électronique nous apporte beaucoup de facilités et de gros gains en temps, elle nous coûte aussi FORT chère ...pas toujours solidement justifiée. Nous sommes réellement pris en otages ...sans jamais demander notre avis !

     Ainsi lorsque vous êtes en entreprise, le gérant se rend vite compte que les "modestes" montants (factures, obligations, commissions) prélevés électroniquement tous les mois ...forment en fin d'année des sommes NON négligeables. Pourtant généralement, la plupart des opérations sont faites (1) par vous-même, (2) sur des distributeurs automatisés ou sur votre ordinateur et (3) la plupart du temps à votre domicile.

     Vous passez aussi beaucoup de temps à fournir électroniquement des documents à l'administration qui les ont déjà reçus à plusieurs reprises dans le passé et qui continue à vous les demander (...). Cela engendre des pertes de temps et des dépenses inutiles ...pour vous, pas pour le fonctionnaire !

     On oublie aussi qu'on dépense parfois beaucoup d'énergie (et des ressources) pour corriger bien des erreurs qui n'ont pas été commises par vous-même !

     Enfin, vous êtes également obligé de décaisser une longue liste de charges et taxes annuelles qui n'offrent pas toujours de l’intérêt pour votre activité. Toutes ces sommes ne font qu'alimenter des caisses professionnelles centralisées, des associations ou des institutions de l'état (comme la recherche et des enquêtes pour alimenter leurs statistiques). Cela donne peut-être une certaine sécurité salariale au personnel de ces organismes, mais il faut reconnaître que cela n'offre bien souvent aucun intérêt pour de très nombreux producteurs qui doivent juste obtempérer.

     Vous me direz ...c'est l'esprit de solidarité ? Je ne suis pas contre cet élan de générosité (obligatoire, ne l'oublions pas), car il faut considérer la solidarité dans notre société. Mais là où je ne suis pas toujours d'accord, c'est que cela va trop souvent dans le même sens et ce sont toujours les mêmes qui trinquent !

     Pourtant certaines exploitations essaient d'offrir des produits de qualité. Bien sûr, cela va de pair avec des conditions climatiques et environnementales qui puissent le permettre. Mais pour atteindre ce "qualitatif", il est impératif d'y joindre de bonnes pratiques obligeant le producteur d'être plus sélectif, par exemple dans le choix du substrat/terroir (qui se fait durant la prospection). Il devra aussi baisser drastiquement les densités, c'est-à-dire le nombre d'animaux au m2. Et cela entraînera inévitablement moins de production et une baisse sensible des rendements. De ce fait, cela conduira en règle générale à une diminution considérable de rentrées (bien en dessous de ce que vous pouvez parfois imaginer, surtout comparées aux productions industrielles d'ailleurs).

     Cela implique enfin que vous vous limitiez à engraisser vos animaux le plus naturellement possible, c'est-à-dire faire le choix de travailler en équilibre avec l'environnement dans lequel ils s'inscrivent (ce que la nature peut réellement leurs fournir en substances nutritives) ...et RIEN d'autre ! Aucun engrais, pas de granulés alimentaires (comme malheureusement on en trouve encore dans le soi-disant bio1), absence d'usage de tout produit sanitaire (chimique/vétérinaire) industriel, étant donné que toutes ces pratiques laissent des particules si minimes soient-elles (nanoparticules) qui interféreront et se retrouveront dans les animaux qui seront par la suite ...consommés par les humains !

     Si vous travaillez bien d'une manière plus naturelle, le produit final obtenu sera forcément plus savoureux/goûteux et pourra s'adresser à une clientèle gastronome plus exigeante. Mais dans une exploitation cherchant à n'utiliser que la nature, la production est indéniablement, pour ne pas dire "drastiquement", limitée. Et détrompez-vous, les prix demandés ne sont bien souvent pas beaucoup plus élevés que les produits industriels ou issus de la biotechnologie.

     Au vu de toutes ces dépenses et de rentrées plus modestes, la réaction normale est donc d'éplucher tous vos comptes, de pointer le(s) bas qui blesse(nt), de prendre des dispositions pour mieux vendre et écarter toute pratique pouvant soustraire un quelconque bénéfice (commission/pourcentage forcé) à un tiers non productif ou qui n'apporte directement aucune ou très peu de valeur ajoutée à l’entreprise.

     Ainsi parmi toutes ces dépenses, nous trouvons le secteur bancaire qui exagère de plus en plus sur les mensualités prélevées sur beaucoup de PME et petites structures familiales (rien à voir avec ce que l'on soustrait aux particuliers) tentant l'aventure de produire plus proprement pour la santé du consommateur. Mais à la fin de l'année, le producteur responsable voudrait bien affecter ce qui lui est pris pour le mettre au service d'une amélioration de ses opérations ou acquérir un équipement particulier afin de soulager ses nombreux efforts physiques !

     Il faut toutefois reconnaître que le secteur primaire, c'est-à-dire l'agriculture, l'ostréiculture et relationné, est si mal reconnu dans notre pays ! Nous le constatons dans les décisions et politiques de considération qu’ont beaucoup d’institutions vis-à-vis des producteurs de ce secteur en particulier.

     En analysant leurs services, on observe que pour des productions beaucoup plus restreintes (notamment celle qui s'orientent vers du plus correct pour la santé), la carte bancaire du client n'est pas aussi intéressante pour l'entreprise étant donné que la banque se sert copieusement dans la location de l'appareil et commission/pourcentage sur chaque transaction.

     Beaucoup de petites exploitations nous ont fait part de la même observation. Par conséquent, nous ne travaillons qu'avec les espèces et chèques bancaires ...même s'il y un certain risque.

     Vous pourriez me reprocher d'exagérer un peu ce tableau noir. Non, la réalité est bien autre et nous devons sans cesse défendre les valeurs que nous nous sommes fixées. Il en va d'une certaine qualité de vie. Malheureusement, l'industrie est un rouleau compresseur qui a besoin de fonds, toujours plus d'argent, en faisant passer au second plan beaucoup de critères sensés être meilleurs pour la santé à long terme. Les banques font partie de ce maillon industriel !

     Dans le même sens, les centres agréés de comptabilité (auxquels nous sommes tenus d'adhérer) ne tiennent pas du tout compte eux aussi de cet aspect des choses. Ils ne font que comparer avec d'autres compagnies qui "impressionnent" en termes de chiffre d'affaire ...même si la qualité de leurs produits ne peut être comparée.

     Rien n'est fait pour alléger les lourdes charges d'une entreprise modeste qui produit du meilleur pour notre société ...surtout en considérant l’impact à long terme.

     D’autre part, l'état prône aussi de produire plus écologiquement ...mais contradictoirement il ne veut pas réduire l'imposable en introduisant par exemple un coefficient plus clément afin de produire plus proprement (lorsque les rendements sont nettement à la baisse). Malheureusement, il y aurait un ...manque à gagner s'ils devaient procéder de la sorte !

     Prenons le cas des assurances que toute entreprise a l'obligation légale de contracter. Elles sont nombreuses de nos jours, car elles ont réussi à se diversifier en des secteurs bien spécifiques. Ce créneau est même devenu particulièrement "juteux" ! Mais pour nous, cela a évolué vers tout un budget.

     Même son de cloche avec les charges sociales. Elles ne font que monter et aucun geste pour les exploitations agricoles résolument tournées vers du plus naturel.

     Même phénomène avec les associations professionnelles et les fameux labels de tout type (pour nous, les cahiers de charges sont loin d'être une référence2). Nous les avons tous quittés, car économiquement cela nous apportait rien de plus ! Les premières manquaient de réalisme économique ou d'applicabilité sur le terrain; les seconds n’étaient pas nécessaires lorsqu'on est responsable: on tend automatiquement à avoir de bonnes pratiques si l'on souhaite offrir du "beau".

     Malgré tous ces états de faits, nous sommes toujours en business, avons monté une clientèle convaincue de la qualité des produits offerts et essayons constamment d'offrir ce même niveau gastronomique (ce qui est loin d'être évident). Donc, nous avons pu nous maintenir malgré les nombreux caprices du climat, le renouvellement de la clientèle et les contraintes liées à ces nombreux prélèvements obligatoires ci-dessus mentionnés.

     Cependant par moments, nous aimerions bien parfois souffler un peu pour pouvoir innover plus aisément, car que vous le vouliez ou non, les fonds restent le nerf de la guerre pour pouvoir en sortir et progresser !!!

     Quand est-ce que certaines institutions comprendront enfin qu'il faut parfois lâcher du lest pour pouvoir offrir du meilleur aux consommateurs ...surtout sur le long terme ?

     Comprenez-vous maintenant que lorsqu'on n'est pas nombreux à mener de front toutes ces activités sur le terrain (énormément de professionnels du secteur primaire se trouvent dans cette situation), sans vouloir investir dans un personnel coûteux, nous écartons délibérément les préhensions excessives, comme celles de certains services bancaires. Il est vrai que l'avantage de passer par la carte bancaire3 est bien souvent de dépenser plus librement (sans compter; au-delà de certaines limites que l'on s'était fixées). De cette façon, le vendeur peut de temps à autre encaisser des sommes plus conséquentes. Mais l'expérience nous indique que si un client désire réellement obtenir nos produits, il fera tout pour assurer le paiement en espèces ou au moyen d'un chèque bancaire que nous avons toujours accepté4

     C'est aussi la raison pour laquelle nous recommandons à tous ceux qui veulent faire des produits de qualité (plus valorisant pour la santé) de penser judicieusement comment vous vous y prendrez pour y arriver, car il y aura beaucoup à prévoir (en fait, à donner) aux autres et beaucoup moins pour rester libre dans les initiatives au sein de votre propre exploitation.

     En trois mots: restez bien réalistes !

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1 L'auteur a élaboré beaucoup d'aliments concentrés pour animaux aquatiques dans plusieurs pays et a constaté beaucoup d'irrégularités trompeuses au niveau informatif pour le producteur et les consommateurs.

2 Contrairement au dire de plusieurs, un cahier des charges n'est pas toujours le reflet fidèle de la réalité ! Donc, il ne s'agit en aucun cas d'une garantie pour le consommateur. En nous lançant, nous avons même été surpris de découvrir autant d'irrégularités ! Nous avons récemment retenté d'approcher un label de renommée internationale, mais les bénéfices n'allaient pas toujours dans le bon sens. Alors, nous nous sommes de nouveau abstenus.

Nous pensons qu'il y a une certaine éthique à acquérir en tant que producteur responsable, ce qui n'est pas toujours aisé (nous le reconnaissons). Toutefois, deux facteurs sont fondamentaux: le premier est de limiter volontairement le rendement - nous avons en effet observé que la quantité va toujours à l'encontre de la qualité; le second est de se faire connaître en expliquant les pratiques utilisées. Ce dernier point est particulièrement important pour le consommateur averti. Le reste est simplement du bouche à oreille.

3 Récemment, de nouveaux services les concernant pourraient s'avérer beaucoup plus intéressants que passer par des banques conventionnelles, les services de PayPal et autre consorts de la finance. Nous déployons en ce moment nos antennes... pour peut-être compenser cette lacune dans un futur proche !?

4 En 18 ans, nous n'avons jamais connu de chèque en bois. Bien entendu, cela s'obtient grâce à une confiance mutuelle !

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