Nouvelle saison : ventes lointaines considérablement retardées

Rédigé par Aquideas Aucun commentaire
Classé dans : Commerce, Culture Mots clés : aucun

     Vous êtes en droit de vous demander pourquoi AQUIDEAS n’a pas apparu dans les départements 92 (Hauts de Seine) et 78 (Yvelines) durant plus d’un mois et demi (septembre & la mi-octobre).

     Vous avez certainement remarqué que de plus en plus de phénomènes inhabituels apparaissent que l’on nomme communément perturbations climatiques. En fait, les gens de la ville ne se rendent pas toujours compte de ce que ces changements du climat nous affectent en zone rural.

     Depuis quelques années déjà, nous subissons de la grêle en été et à l'automne, des chaleurs particulièrement élevées en hiver et au printemps, des coups de froid (gelées nocturnes) et des inondations surprises à des moments qu’on ne s’y attend pas - comme la semaine passée, avec des claires/étangs qui débordaient et 15 cm d'eau de mer dans notre cabane ostréicole, ...il y a même de petits tremblements de terre qui s’invitent - comme c'était encore le cas il y a à peine deux semaines ! Tout cela se traduit par des bourgeons brûlés, des fruits abîmés, des maisons qui se fissurent, des terres envahies par les eaux qui emportent de la boue et ravagent tout sur leur passage,... Je pourrais continuer la liste de tous ces obstacles incontrolables.

     Mais les cultures ne sont pas les seules à être pénalisées : les animaux ont également beaucoup souffert, différemment des humains, mais ils doivent aussi encaisser en cherchant des alternatives de survie !

     En ce qui concerne nos élevages, il y a eu des phénomènes qui avaient également pris des proportions anormales. Ainsi, les cycles biologiques ont été drastiquement perturbés.

     Nos huîtres ont eu beaucoup trop chaud. N'oubliez pas que nos espèces sont tempérées. Par conséquent, elles ont dû subir, surtout sur le plan physiologique, les températures anormales de leur environnement confiné ...sans pouvoir s'échapper ! Ainsi, on a observé qu’à la fin septembre elles ne présentaient pas encore beaucoup de chair et étaient plus difficilement transportables (observation d'une certaine mortalité). Il a fallu attendre la mi-octobre pour les voir un peu plus charnues ...mais pas top ! Nous avons donc préféré attendre patiemment qu’elles soient un peu plus "présentables" pour ne pas tromper notre clientèle.

     Coïncidence, nous avons rencontré plusieurs ostréiculteurs de la région qui nous ont confirmé les résultats que nous avions expérimentés. Comme nous, ils avaient aussi décidé de retarder leurs ventes lointaines.

     C’est une des raisons pour lesquelles nous avions décidé de postposer notre venue dans la région ouest de Paris jusqu'à la mi-octobre. De plus, par manque de matériel, nous n’avons pu assurer que nos deux premiers points de ventes (Marnes la Coquette et Noisy le Roi), c’est-à-dire une clientèle de très longue date.

    Mais cette année, les gambas ont également présenté des irrégularités dans nos étangs: les mues1 ne se passaient pas normalement, en tout cas pas aussi facilement. Pourquoi ? Probablement que cela était dû à plusieurs paramètres incontrôlables dans l’eau ...ce qui nous paraît évident au vu des nombreuses irrégularités saisonnières. Trop chaud, nous avions déjà observé en régions tropicales que les crevettes fuyaient la superficie de l’eau pour se réfugier au fond des étangs. Déjà au-dessus de 33-34°C, certains comportements n’étaient pas normaux. Une concentration trop élevée de sel dans l’eau (par évaporation excessive) est également un inhibiteur de croissance, notamment par asphyxie dû au manque d’oxygène dans l’eau (l’oxygène s’échappe de l’eau et passe dans l’air). Au début de leur croissance, ces crustacés restaient notablement petits (ce qui n'est plus du tout le cas depuis un gros mois; nous avons même obtenu de fort belles gambas au mois d'octobre). Si dans plusieurs étangs, nos crevettes étaient restées petites ce n'était pas dû à de probables plus hautes densités ...car nous les démarquions aussitôt après constatation ...comme chaque année.

     D’autre part, avec d’énormes variations de températures, les crevettes ne savaient plus si elles devaient initier la reproduction ou plutôt se préparer à la saison de repos ...un frein à toute production animale.

     Mais (contre notre gré), nous avons aussi pêché quelques belles anguilles dans 2 étangs ...et celles-là font des ravages parmi nos crevettes, surtout au début du grossissement (plus tard, plus grosses, elles se défendent). Nous pouvons ainsi faire une croix sur ces étangs où l’on ne pêche déjà plus rien !

     Enfin, il y a une recrudescence de prédateurs cette année: beaucoup de crabes, des bataillons de jeunes aigrettes, des hérons (de vieux habitués), surtout des cormorans (des crevettes au menu ...cela les attire; on en a même pris dans nos filets ...noyés, évidemment), tous les jours, ...et des humains sans scrupules (eh oui) qui, de nuit, se servent (en toute impunité) dans les étangs à 700-800 mètres de notre cabane. Des pertes anormales, plus importantes cette année qui nous privent de recettes saisonnières supplémentaires. La faim et l’appât du gain facile ...seraient-ils devenus une nouvelle norme sociétale au dépend de ceux qui élèvent et qui ont des coûts de production !?

     Enfin lorsqu’on livre fort loin (comme déjà mentionné plus haut), on a observé que nos belles crevettes ne résistaient plus aussi longtemps hors de l’eau, malgré leur conditionnement pour le transport. L’année passée, nous avions déjà constaté ce phénomène. Cela avait même baissé régulièrement depuis plusieurs années. Durant notre dernière saison, nos gambas ne pouvaient déjà plus passer la nuit, notamment entre notre premier point de ventes éloigné (en avant-soirée) et le second (le lendemain matin) ! Aujourd’hui, nous invitons la clientèle à prendre livraison de leurs commandes de gambas vivantes sur notre premier point de ventes ou sur notre second point de ventes le soir-même (vers 20h). Cela fonctionne déjà ainsi, car tous nos clients gastronomes comprennent et acceptent volontiers le défi qui est le nôtre pour vous offrir des gambas encore "vivantes".

     Vous réalisez à présent que lorsqu’on désire produire du beau, du sain, du très particulier (en d’autres mots du haut de gamme), la production est fortement limitée et lorsqu’on doit affronter des obstacles incontrôlables, comme les nombreuses irrégularités du climat, il faut constamment réagir pour refaire surface ...afin d’assurer des livraisons délicates. En 2024, cela fera déjà 20 ans que nous vous offrons ces très beaux produits !

     Dans un business, il faut constamment se remettre en question et toujours chercher la manière de solutionner ou contourner les obstacles. Car rien ne sert de produire, si vous ne pouvez pas vendre !!!

 

 

 

 

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1La « mue » est le changement de carapaces. Si les vertébrés peuvent grandir, c’est grâce à leur colonne vertébrale qui prend de l’ampleur, chez nous, durant l’adolescence. Mais les crustacés (homards, langoustes, langoustines, écrevisses, crabes et crevettes) ont un exosquelette pour pouvoir grandir. Ainsi, pour devenir plus grands, ils doivent changer leur carapace ...se défaire de l’ancienne ...et attendre patiemment que la nouvelle puisse durcir. Lorsque ce sont des larves ou des juvéniles, ce processus a lieu plus fréquemment. Plus tard comme adulte, la fréquence est fortement réduite. C’est au moment de la mue que l’animal est le plus vulnérable (il se cache généralement dans un trou ou une cavité), car il émet entre les deux carapaces des phéromones (comme chez les papillons) qui favorisent l’accouplement, mais aussi attirent les prédateurs ...qui n'en feront qu'une bouchée étant donné que le crustacé est "mou" (bien tendre) !

Quelle est le quatrième caractère du mot udn7aq ?

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