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Immunité & vaccination des poissons (a)

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     En cette époque bien particulière où la vaccination est un sujet de conversation, on la pratique également chez les poissons, et ce depuis déjà pas mal d’années.

     Face à de nombreuses maladies, on comprend aisément le fait que prévenir toute mortalité massive est recherché dans les élevages commerciaux à fortes densités. En effet dans pareil environnement, la proximité des poissons favorise sans aucun doute la contamination et il devient évident que cela peut faire perdre beaucoup d’argent aux entreprises piscicoles.

     Cependant l’approche du renforcement immunitaire est relativement limitée chez les poissons pour plusieurs raisons :

  • D’abord, ceux-ci ne réagissent pas aussi efficacement que les animaux supérieurs, particulièrement à températures plus basses ;

  • Ensuite, parce que qu’il y a très peu de méthodes efficaces pour traiter un élevage commercial intensif ;

  • Enfin dans la plupart des cas, cela impliquerait le renouvellement à intervalle régulier et même l’injection individuelle ...compliquée et fort peu pratique.

     En considérant le dernier point mentionné, on observe que les poissons conservent difficilement l’immunité qu’on essaient de leurs conférer ...ce qui entrave considérablement la recherche dans ce domaine précis pour maintenir en bonne santé ces animaux aquatiques.

     Malgré cela, on immerge dans certains cas les animaux (truites, saumons) dans des bains, parfois en les faisant passer dans un conduit à pression, ou on les pulvérise avec une solution dans laquelle se trouve plusieurs substances chimiques (comme des antibiotiques). Ainsi par osmose, le produit est sensé renforcer leur défense contre des bactéries et virus perturbateurs.

     C’est le cas du vaccin Vibriffa, contre la vibriose (turbots, truites, saumons en eaux salées) qui fait appel aux techniques les plus récentes de concentration et de purification des antigènes bactériens.

     On vaccine aussi des alevins de poissons, comme de jeunes truites (après résorption de leur sac vitellin1), contre la maladie de la bouche rouge (en anglais : enteric redmouth disease ou ERM) et contre la furonculose (Aeromonas salmonicida).

     Contre la yersiniose (Yersinia ruckeri), on vaccine également par voie orale la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss W.).

     Mais il existe encore fort peu de vaccins sur le marché contre la plupart des maladies virales affectant les poissons. Pourtant dans des études en laboratoire, plusieurs types de vaccin ont montré leur efficacité protectrice comme celui contre la septicémie hémorragique virale (VHS). Cela inclut des techniques sur l’ADN modifié qui semblent prometteuses. Toutefois dans bien des cas, on n’aurait pas su jusqu’à présent intéresser l’industrie afin de produire un vaccin commercial économiquement viable ...probablement à cause de son coût de production relativement élevé face à une demande hésitante des éleveurs.

     L'immunisation des poissons s'effectue comme chez les vertébrés supérieurs par une réaction spécifique faisant intervenir les cellules lymphoïdes (référence l’article du mois passé « Composition du sang »). Mais cette réaction est beaucoup plus évidente à températures plus élevées, comme chez les poissons d’eaux plus chaudes (cas des eaux tropicales). On note cependant qu’en dessous de 7°C, les pathogènes sont beaucoup moins actifs et les poissons résistent généralement mieux.

     Cependant, il n'existe chez le poisson qu'une seule classe d'immunoglobulines, mises en évidence dans le sérum. La pénétration de l'antigène s'effectuerait par les branchies ou par la ligne latérale2, pour atteindre les organes lymphoïdes profonds (rate, rein).

Légende: (désolé, je ne traduis ici que les mots principaux; l'intéressé consultera les références ci-dessous) muscle/gill/intestine = muscle/branchie/intestin; spleen = rate; kidney = rein

     Il ne faut pas aussi oublier que les poissons sont recouverts extérieurement par une fine couche transparente et visqueuse qui offre une vraie barrière (obstacle) à beaucoup de micro-organismes, donc protégeant d’une certaine façon la santé de l’animal. De plus, cette viscosité a des propriétés anti-bactériennes reconnues qui aident le poisson à survivre dans un milieu propice à la survie d’innombrables bactéries.

     Les poissons, tout au moins les téléostéens3 , sont dotés d'un système immunitaire proche de celui des vertébrés supérieurs. Il est composé de deux systèmes majeurs: le système inné ou non spécifique et le système acquis, spécifique du pathogène. Les poissons sont capables de reconnaître un antigène et développer une réponse immunitaire spécifique. Il est donc possible de les vacciner.

Références :

  • Application of antigen presenting cell-targeted nanovaccine delivery system in rhabdovirus disease prophylactics using fish as a model organism, C. Zhang, G.-X. Wang & B. Zhu, Jpournal of nanobiotechnology, 2020.

  • Genetically engineered viral hemorrhagic septicemia virus (VHSV) vaccines, M.S. Kim & K.H. Kim, Fish Shellfish Immunolohy, 2019.

  • http://dico-sciences-animales.cirad.fr

  • https://fr.sawakinome.com

  • https://pubs.er.usgs.gov

  • https://www.anses.fr/

  • https://www.aquaculturenorthamerica.com

  • https://www.dfo-mpo.gc.ca

  • https://www.vetofish.com

  • La vaccination chez les poissons d'élevage, C. Quentel & M. Pouliquen, 2007.

  • Textbook of fish health, G.W. Post, T.F.H. Publications, Inc., 1983.

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1 Réserve nourricière en attendant la formation complète des organes du système digestif et de pouvoir s’alimenter par eux-mêmes.

2 Organe sensoriel se trouvant le long des flancs du poisson et dont les cellules sont sensibles aux variations de pression du milieu aquatique. Cette série de pores au milieu d’écailles latérales lui permet également de percevoir les vibrations dans l'eau (approche d’un autre animal aquatique) et peut être linéaire ou brisée (en 2 ou 3 lignes).

3 Poissons ayant des vertèbres, pourvus de nageoires rayonnées et dont la peau est généralement couverte d’écailles (les requins par exemple n’en font donc pas partie).

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